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Grand Ensemble Vocal d'Annecy

Activité du Grand Ensemble Vocal d'Annecy

Éléments d'analyse, très subjectifs...

Publié le 21 Octobre 2014 par Pierre Launay in Mahler

Voici l'hymne Veni Creator, dont Gustav Mahler a fait la première partie de sa huitième symphonie. 

 

Cet hymne est l'œuvre de Hrabanus Maurus dit aussi Raban Maur (780-856), moine bénédictin et théologien allemand, surnommé "le Précepteur de la Germanie" et qui fut un des artisans de la Renaissance Carolingienne. 

Il ne vous aura pas échappé qu'il était effectivement contemporain de Charlemagne (sacré empereur en 800) que les Français considèrent comme français et les Allemands comme... allemand. 

Il ne vous aura pas échappé non plus qu'il est contemporain du grand mouvement d'amélioration du "chant Grégorien" (et même de sa création puisqu'on parlait auparavant de "Chant Romain").

Du reste, Raban Maur était une relation et peut-être même un ami d'Alcuin qui passa vingt ans de sa vie à corriger et améliorer les copies des chants liturgiques. 

Pour ce qui nous concerne, il demeure que Mahler a fait le choix, pour le premier mouvement, d'un texte qui remonte aux origines connues de la musique et de la Germanie (donc de l'Allemagne.)

 

D'après certains critiques et experts musicaux, il semblerait qu'il aurait choisi le texte après avoir créé les intentions musicales de la 8ème, ce qui relativise ou du moins amène à reconsidérer la question de l'ordre de la composition ou de l'inspiration. Apparemment, il ne mettait pas des textes en musique, mais il trouvait les textes qui collaient avec sa musique.

Enfin... ce n'est pas si simple.

Voici ce que raconte Alma Mahler :

 

"Après notre arrivée à Maiernigg, il y eut les quinze jours habituels où, comme presque chaque année, le hantait le spectre de l'inspiration en déroute. Puis, un matin, alors qu'il franchissait le seuil de son studio dans les bois, cela lui vint Veni creator spiritus. Il composa et rédigea l'ensemble du chœur d'ouverture sur ces paroles à moitié oubliées. Mais les notes et les mots ne voulaient pas concorder ; la musique l'avait emporté sur le texte. Surexcité, il envoya une dépêche à Vienne et se fit télégraphier la totalité de l'ancien hymne latin. Le texte au complet se mariait exactement avec la musique. Il avait composé, de manière intuitive, la musique pour toutes les strophes." 

Heureux hasard !

Le texte de cet hymne est destiné à la fête de la Pentecôte
 
Petit rappel pour ceux qui aurait raté le début :
La Pentecôte (du grec ancien πεντηκοστὴ ἡμέρα / pentêkostề hêméra, « cinquantième jour ») est une fête chrétienne commémorant la venue du Saint-Esprit cinquante jours après Pâques sur les apôtres de Jésus de Nazareth et les personnes présentes avec eux, rapportée dans les Actes des Apôtres.
 
Dans l'épisode précédent :
Le Christ est mort crucifié (c'est à dire qu'il a subi la peine de mort que les romains infligeaient aux esclaves qui se rebellaient contre le pouvoir ; peine infâmante autant qu'horrible : le condamné meurt asphyxié : c'est son souffle et sa parole qu'on condamne). Il est mort et tout le monde le sait. Il a été porté dans une sépulture et là, après trois jours, il est ressuscité. Ça, personne ou presque ne le sait.  
 
Au moment de la Pentecôte, les apôtres sont rassemblés - peut-être pour la fête juive de Chavouot (Chavouot (hébreu : שבועותShavouot « semaines » ; grec : πεντηκόστη ἡμέρα Pentêkostề hêméra, « cinquantième jour ») est l’une des trois fêtes de pèlerinage du judaïsme, prescrites par la Bible, au cours de laquelle on célèbre le début de la saison de la moisson du blé et, dans la tradition rabbinique, le don de la Torah sur le mont Sinaï.) - et ils sont assez découragés. 
 
Là, le Christ apparaît au milieu d'eux. Tout le monde est heureux sauf Saint Thomas qui n'y croit pas jusqu'à ce que le Christ lui fasse toucher ses plaies. 
Il est d'usage de représenter la Pentecôte par une colombe ou des flammes représentant l'esprit saint.
 
 
C'est bon ? C'est clair pour tout le monde ? On peut continuer ?
 
Voici la traduction en français. 
Paroles de l'hymne Veni Creator
Texte latin Français

Veni, creator, Spiritus, 
Mentes tuorum visita,
Imple superna gratia
Quae tu creasti pectora.

Qui diceris Paraclitus,
Altissimi donum Dei.
Fons vivus, ignis, caritas
Et spiritalis unctio.

Tu septiformis munere,
Digitus paternae dexterae.
Tu rite promissum Patris,
Sermone ditans guttura.

Accende lumen sensibus
Infunde amorem cordibus,
Infirma nostri corporis
Virtute firmans perpeti.

Hostem repellas longius
Pacemque dones protinus;
Ductore sic te praevio
Vitemus omne noxium.

Per te sciamus da Patrem,
Noscamus atque Filium;
Teque utriusque Spiritum
Credamus omni tempore.

Deo Patri sit gloria,
Et Filio, qui a mortuis
Surrexit, ac Paraclito
In saeculorum saecula.

Amen.

Viens, Esprit Créateur,
visite l'âme de tes fidèles,
emplis de la grâce d'En-Haut
les cœurs que tu as créés.

Toi qu'on nomme le Consolateur,
Le don du Dieu très-Haut,
La source vivante, le Feu, la Charité,
L'Onction spirituelle.

Tu es l'Esprit aux sept dons, 
le doigt de la main du Père,
Son authentique promesse,
Celui qui enrichit toute prière.

Fais briller en nous ta lumière,
Répands l'amour dans nos coeurs,
Soutiens la faiblesse de nos corps
Par ton éternelle vigueur !

Repousse au loin l'Ennemi,
Donne-nous la paix qui dure ;
Que sous ta prévenante conduite,
nous évitions tout mal et toute erreur.

Fais-nous connaître le Père,
révèle-nous le Fils,
et toi, leur commun Esprit,
fais-nous toujours croire en toi.

Gloire soit à Dieu le Père,
au Fils ressuscité des morts,
à l'Esprit Saint Consolateur,
maintenant et dans tous les siècles.

Amen.

 

Bien.

Forts de la théorie ci-dessus énoncée, certains commentateurs n'hésitent pas à laisser courir l'idée que Mahler écrivait d'abord "sa" musique et qu'ensuite, il cherchait ce qu'il pouvait mettre dedans. 

Soyons, honnête, ça existe. J'ai personnellement rencontré des danseurs qui travaillent comme ça : ils montent une chorégraphie et trouvent ensuite quelle musique pourrait coller dessus. De même, il n'est pas rare qu'au cinéma, on cherche un scénario à mettre autour d'un acteur plus qu'un acteur pour jouer tel scénario. Je me suis même laissé dire qu'en politique...

Mais quid de Mahler ?

Il fait ni plus ni moins la même chose que ses illustres prédécesseurs : il travaille sur cette voie ou voix différente qu'est l'expression musicale. On a beau faire, la musique n'est pas aux ordres. Elle échappe toujours à l'ordonnateur. Elle est toujours irrationnelle. Dès lors la question de la préséance ou de la préexistance du texte importe peu. 

 

Jean-Sébastien Bach a beau ne composer que des œuvres religieuses (ou quasiment), multiplier les cantates et les passions, se plier avec la plus extrême modestie aux nécessités du texte, aux subtilités de la religion, il reste toujours dans sa musique quelque chose qui "n'obéit pas", comme un fond, sa parole, son style sans doute, qui préexisterait et résisterait à tout. On aura beau faire, les textes religieux portés par la musique de Bach - ou des autres d'ailleurs ! je parle de lui parce que je l'aime bien, mais dans le genre, Mozart, Schubert, Verdi, Puccini, Rossini, Poulenc, pour ne citer que ceux auxquels nous nous sommes confrontés, font bien la même chose - ressortent transfigurés et chargés d'autres sens que ceux qu'ils avaient à l'origine.

 

Mahler est « le dernier compositeur du romantisme bourgeois » dit-on. (Les critiques musicaux ont de ces formules !) Je ne sais pas bien ce que ça veut dire et je pressens que ça n'est pas bienveillant. Ce que je sais, c'est qu'il est effectivement l'un des derniers à avoir tenté de construire ces chimères extravagantes que sont les grandes symphonies de cette époque.

Schumann faisait ça aussi : il écrivait des choses qu'on ne comprenait pas vraiment, comme les Kreisleriana, il utilisait des procédés de rupture également utilisés par les surréalistes comme le cadavre-exquis par exemple (on prend le début d’une phrase en on finit par une autre), pour voir ce que ça va donner, et ça « donne » toujours quelque chose ou plutôt, comme on a affaire à des gens qui composent comme ils respirent, il reste, derrière et au-delà du sens, une expression artistique très forte, si puissante qu’il devient impossible de la faire rentrer dans un moule logique, ordinaire. 

Ce qui est nouveau à l’époque de Mahler, c’est que les artistes s’affranchissent des règles du vraisemblable, du compréhensible. Il n’est pas du tout le seul à aller dans ce sens, mais il y va par ses propres moyens, sur sa propre voie, celle de l’ascèse, sans aucun doute, et, de mon point de vue, avec un courage et une confiance en soi qui forcent l’admiration. 

 

Pour revenir à la 8ème, je dirais que Mahler est un cuisinier de talent qui compose un plat compliqué avec des ingrédients eux-mêmes sophistiqués. C'est très dangereux et absolument à déconseiller à tous ceux qui n'ont pas la virtuosité nécessaire : on peut aboutir de cette façon à des réalisations indigestes où la qualité des ingrédients choisis disparait sous la quantité, la confusion... Mais Mahler, lui, fait ça très bien, peut-être parce qu'il ne doute pas de la justesse de sa démarche. On le suit, un peu à l'aveuglette, mais en confiance parce qu'on pressent qu'il va précisément "quelque part".

 

Ce que j’aime dans le travail que nous faisons, c’est que la puissance de son expression se fait sentir à tous moments. Nous sommes sans cesse tout à fait perdus dans ce foisonnement de sons, exaspérés par des complications qui nous semblent inutiles et perverses, et l’instant d’après, ces bizarreries s’illuminent d’un éclat que nous n’avons pas vu venir, dans des teintes étrangement belles… 

Nous sommes remarquablement servis dans ce travail par la présence toujours positive de notre pianiste, la très remarquable Anne, qui donne à entendre tout l’univers sonore dans lequel se placent les interventions du chœur. Elle contribue, comme chacun d’entre nous, à la construction de cette immense cathédrale dont nous ignorons le plan, même si nous pouvons lire la partition. Ce qui tient debout, pour le moment, c’est l’envie que nous avons tous d’y arriver, de comprendre, avant même celle de montrer cela au public. D’ailleurs, donner cette symphonie en concert, est ce que ce sera la « montrer » ?

Il me semble qu’il sera plutôt question de partage que de démonstration (pour ça, on peut compter sur Jean-Marie), comme il me semble que Mahler a trouvé cette voie incroyable pour partager son art, et au-delà, ses incertitudes, ses questions. 

 

Ach ! Je voulais seulement écrire une petite transition avant  de parler du deuxième mouvement ! C’est raté…

 

Bon. En voici déjà la traduction, avec l'aimable autorisation de Guy Laffaille son auteur.

Je l'ai trouvée sur le site lieder.net.

On parlera de Goethe un peu plus tard.

HEILIGE ANACHORETEN

- CHOR UND ECHO 

 

Waldung, sie schwankt heran,

Felsen, sie lasten dran,

Wurzeln, sie klammern an,

Stamm dicht an Stamm hinan.

Woge nach Woge spritzt,

Höhle, die tiefste, schützt.

Löwen, sie schleichen stumm,

Freundlich um uns herum,

Ehren geweihten Ort,

Heiligen Liebeshort. 

Saints anachorètes
- Chœur et Écho

 

La forêt, elle se balance vers nous,

Les rochers, ils s'appuient dessus,

Les racines, elles s'y agrippent,

Les troncs tout près des troncs,

Vague après vague elle éclabousse,

La grotte, la plus profonde, elle l'abrite,

Les lions, ils se faufilent en silence,

Paisiblement autour de nous,

Honorant l'endroit consacré,

 

Saint refuge de l'amour.

PATER ECSTATICUS 

(auf und abschwebend)

 

Ewiger Wonnebrand

Glühendes Liebeband,

Siedender Schmerz der Brust,

Schäumende Gotteslust!

Pfeile, durchdringet mich,

Lanzen, bezwinget mich,

Keulen, zerschmettert mich,

Blitze, durchwettert mich!

Daß ja das Nichtige

Alles verflüchtige,

Glänze der Dauerstern,

 

Ewiger Liebe Kern!

Pater Ecstaticus 
(montant et descendant en flottant)

 

Éternelle brûlure de bonheur,

Lien ardent d'amour,

Douleur bouillonnante de la poitrine,

Délice  écumant et divin.

Flèches, transpercez-moi,

Lances, soumettez-moi,

Masses, écrasez-moi,

Éclairs, foudroyez-moi,

Pour que ce qui n'est rien

Dissolve tout,

Pour que brille l'étoile permanente,

Noyau d'amour éternel !

 PATER PROFUNDUS
(tiefe Region)

 

Wie Felsenabgrund mir zu Füßen

Auf tiefem Abgrund lastend ruht,

Wie tausend Bäche strahlend fließen

Zum grausen Sturz des Schaums der Flut

Wie strack, mit eig'nem kräft'gen Triebe,

Der Stamm sich in die Lüfte trägt;

So ist es die allmächt'ge Liebe,

Die alies bildet, alles hegt.

Ist um mich her ein wildes Brausen,

Als wogte Wald und Felsengrund,

Und doch stürzt, liebevoll im Sausen,

Die Wasserfülle sich zum Schlund,

Berufen gleich das Tal zu wässern:

Der Blitz, der flammend niederschlug,

Die Atmosphäre zu verbessern,

Die Gift und Dunst im Busen trug,

Sind Liebesboten, sie verkünden,

Was ewig schaffend uns umwallt.

Mein Inn'res mög' es auch entzünden,

Wo sich der Geist, verworren, kalt,

Verquält in stumpfer Sinne Schranken,

Scharf angeschloss'nem Kettenschmerz.

O Gott! beschwichtige die Gedanken,

Erleuchte mein bedürftig Herz!

Pater Profundus 

(dans une région profonde)

 

Comme le précipice rocheux à mes pieds

Repose pesamment sur un gouffre profond,

Comme mille ruisseaux rayonnants coulent

Dans la terrible cascade de flot écumant,

Comme, de ses propres forces,

Le tronc s'élève bien droit dans l'air,

Ainsi l'amour tout-puissant,

Qui forme tout, nourrit tout.

Autour de moi, est un mugissement sauvage,

Comme si la forêt et les rochers roulaient en vagues !

Et pleine d'amour dans son vacarme

La masse d'eau se précipite dans l'abîme,

Destinée aussi à arroser la vallée ;

L'éclair, qui frappe de son feu

Pour purifier l'atmosphère

Qui porte en son sein poison et vapeur ;

Ce sont des messagers de l'amour, ils proclament

Que ce qui crée sans cesse nous entoure.

Que mon être intérieur s'y enflamme aussi,

Où mon esprit, confus et froid,

Agonise, prisonnier de mes sens affaiblis,

Attaché dans des chaînes douloureuses. 

Ô Dieu ! apaise mes pensées,

 

Éclaire mon cœur qui est dans le besoin !

ENGEL

(schwebend in der höhern Atmosphäre, 

Faustens Unsterbliches tragend)

 

Gerettet ist das edle Glied

Der Geisterwelt vom Bösen:

Wer immer strebend sich bemüht,

Den können wir erlösen;

Und hat an ihm die Liebe gar

Von oben teilgenommen,

Begegnet ihm die sel'ge Schar

Mit herzlichem Willkommen.

Ange 

(flottant dans la plus haute sphère,

 portant la partie éternelle de Faust)

 

Sauvée du démon est la partie noble

Du monde des esprits :

Celui qui toujours s'efforce, se donne de la peine,

Nous pouvons le sauver ;

Et si l'amour venu d'en haut

A aussi joué son rôle,

La troupe bienheureuse vient à sa rencontre

Avec des souhaits de bienvenue sincères.

CHOR SELIGER KNABEN

(um die höchsten Gipfel kreisend)

 

Hände verschlinget euch

Freudig zum Ringverein,

Regt euch und singe

Heil'ge Gefühle drein!

Göttlich belehret,

Dürft ihr vertrauen;

Den ihr verehret,

 

Werdet ihr schauen.

 

Chœur des enfants bienheureux 

(tournant autour des plus hauts sommets)

 

Tenez-vous par la main

Dans une ronde joyeuse !

Levez-vous et chantez

Vos sentiments sacrés !

Instruits du divin,

Vous pouvez avoir confiance :

Celui que vous adorez,

Vous le verrez.

DIE JÜNGEREN ENGEL

 

Jene Rosen, aus den Händen

Liebend-heiliger Büßerinnen,

Halten uns den Sieg gewinnen

Und das hohe Werk vollenden,

Diesen Seelenschatz erbeuten.

Böse wichen, als wir streuten,

Teufel flohen, als wir trafen.

Statt gewohnter Höllenstrafen

Fühlten Liebesqual die Geister,

Selbst der alte Satans-Meister

War von spitzer Pein durchdrungen.

 

Jauchzet auf! Es ist gelungen.

Anges juvéniles

 

Ces roses qui viennent des mains

De pénitentes remplies d'amour saint

Nous ont aidé à gagner le combat

Et à achever l'œuvre divine,

Capturer ce trésor de l'âme.

Les démons ont reculé quand nous l'avons versé,

Les diables ont fui quand nous les avons bombardés.

Au lieu des souffrances habituelles de l'enfer,

Les esprits ont ressentis les peines de l'amour ;

Même le vieux maître Satan,

A été transpercé d'une souffrance aiguë.

 

Réjouissez-vous ! Nous avons réussi !

DIE VOLLENDETEREN ENGEL

(Chor mit Altsolo)

 

Uns bieibt ein Erdenrest

Zu tragen peinlich,

Und wär' er von Asbest

Er ist nicht reinlich.

Wenn starke Geisteskraft

Die Elemente 

An sich herangerafft,

Kein Engel trennte

Geeinte Zwienatur

Der innigen beiden;

Die ewige Liebe nur

Vermag's zu scheiden.

Anges accomplis 

(Chœur et alto solo)

 

Il nous reste un résidu terrestre

À porter avec peine,

Et même s'il était d'asbeste

Il n'est pas pur.

Quand le grand pouvoir de l'esprit,

Les éléments

Il les a attirés à lui

Aucun ange ne séparerait

La nature double et unie

De leur intimité ;

L'amour éternel seul

 

Est capable des les séparer.

DIE JÜNGEREN ENGEL

 

Ich spür' soeben,

Nebelnd um Felsenhöh',

Ein Geisterleben.

Regend sich in der Näh'

Seliger Knaben,

Seh' ich bewegte Schar

Los von der Erde Druck,

Im Kreis gesellt,

Die sich erlaben

Am neuen Lenz und Schmuck

Der obern Welt.

Sei er zum Anbeginn,

Steigendem Vollgewinn

 

Diesen gesellt!

Anges juvéniles

 

Je perçois à l'instant,

Brouillard autour des rochers élevés,

Une ronde d'esprits

Qui bougent dans le voisinage.

Des enfants bienheureux

Je vois la troupe turbulente,

Libérée du poids de la terre,

Réunie en un cercle,

Se réjouissant

Du nouveau printemps et des joyaux

Du monde d'en haut.

D'abord qu'il soit placé

Jusqu'à la fin de l'ascension

 

 

Avec ceux-ci !

DIE SELIGEN KNABEN

 

Freudig empfangen wir

Diesen im Puppenstand;

Also erlangen wir

Englisches Unterpfand.

Löset die Flocken los,

Die ihn umgeben!

Schon ist er schön und groß

 

Von heiligem Leben.

Chœur des enfants bienheureux

 

Nous l'accueillons avec joie

Dans son état de chrysalide ;

Ainsi nous acquerrons 

Un gage angélique.

Secouez les flocons

Qui l'enveloppent.

Il est déjà beau et grand 

 

D'une vie sainte.

 DOCTOR MARIANUS

(in der höchsten, reinlichsten Zelle)

 

Hier ist die Aussicht frei,

Der Geist erhoben.

Dort ziehen Frauen vorbei,

Schwebend nach oben,

Die Herrliche mitterin

Im Sternenkranze,

Die Himmelskönignen,

Ich seh's am Glanze,

Höchste Herrscherin der Welt!

Lasse mich im blauen,

Ausgespannten Himmelszelt

Dein Geheimnis schauen!

Bill'ge, was des Mannes Brust

Ernst und zart beweget

Und mit heil'ger Liebeslust

Dir entgegen träget!

Unbezwinglich unser Mut,

Wenn du hehr gebietest;

Plötzlich mildert sich die Glut,

 

Wenn du uns befriedest.

Doctor Marianus 

(dans la cellule la plus haute, la plus pure)

 

Ici la vue est libre,

L'esprit élevé.

Des femmes passent là-bas,

Flottant vers le haut ;

Au centre, celle qui est splendide,

Dans une couronne d'étoiles,

C'est la reine des cieux,

Je le vois à son éclat !

Très haute maîtresse de monde,

Laisse-moi, sous la voûte bleue

Que le ciel déploie,

Voir ton secret !

Accepte ce qui remue la poitrine de l'homme,

Sérieux et tendre,

Et qu'avec la joie de l'amour saint

Il porte à toi.

Notre courage est indomptable,

Quand toi, sublime, tu commandes ;

Nos passions d'un coup s'adoucissent

 

Quand tu nous apaises.

DOCTOR MARIANUS, CHOR

 

Jungfrau, rein im schönsten Sinn,

Mutter, Ehren würdig,

Uns erwählte Königin,

Göttern ebenbürtig.

Doctor Marianus et Chœur

 

Vierge, pure dans le sens le plus beau,

Mère, digne d'être honorée,

Et reine choisie pour nous,

 

Égale aux dieux !

 CHOR

 

Dir, der Unberührbaren,

Ist es nicht benommen,

Daß die leicht Verführbaren

Traulich zu dir kommen.

In die Schwachheit hingerafft,

Sind sie schwer zu retten;

Wer zerreißt aus eig'ner Kraft

Der Gelüste Ketten?

Wie entgleitet schnell der Fuß

Schiefem, glattem Boden!

Chœur

 

À toi, l'intouchable,

Il n'est pas défendu,

Que ceux qui sont trop faciles à séduire

Puissent t'approcher en confiance,

Portés par la faiblesse,

Ils sont difficiles à sauver.

Qui, par ses propres forces, ne peut se libérer

Des chaînes du plaisir

Comme le pied glisse vite

 

Sur un sol en pente et glissant !

 

CHOR DER BÜSSERINNEN
(und Una poenitentium)

 

Du schwebst zu Höhen

Der ewigen Reiche,

Vernimmt das Flehen,

Du Gnadenreiche!

Du Ohnegleiche!

Chœur des pénitentes
et Una Poenitentium
 (Gretchen)

 

Tu flottes vers les hauteurs

Du royaume éternel,

Accepte notre prière,

Toi qui es bienveillante !

 

Toi qui es sans pareille !

MAGNA PECCATRIX
(Luke 7)

 

Bei der Liebe, die den Füßen

Deines gottverklärten Sohnes

Tränen ließ zum Balsam fließen,

Trotz des Pharisäer-Hohnes:

Beim Gefäße, das so reichlich

Tropfte Wohlgeruch hernieder:

Bei den Locken, die so weichlich

 

Trockneten die heil'gen Glieder.

Magna Peccatrix

 

Par l'amour qui sur les pieds

De ton fils transfiguré

Fit couler des larmes transformées en baume,

Malgré les moqueries des Pharisiens ;

Par la jarre, qui si abondamment

Fit couler le parfum ;

Par les cheveux qui si doucement

 

Séchèrent les membres saints -

MULIER SAMARITANA
(John 4)

 

Bei dem Bronn, zu dem schon weiland

Abram ließ die Herde führen:

Bei dem Eimer, der dem Heiland

Kühl die Lippe durft' berühren:

Bei der reinen, reichen Quelle,

Die nun dorther sich ergießet,

Überflüssig, ewig helle,

 

Rings durch alle Welten fließet.

Mulier Samaritana

 

Par le puits où autrefois

Abraham conduisait son troupeau,

Par le seau, qui du Sauveur

Put toucher et rafraîchir les lèvres ;

Par la source pure et riche,

Qui y jaillit depuis 

En abondance, éternellement claire,

 

Coule partout dans le monde --

 MARIA AEGYPTIACA
(Acta Sanctorum)

 

Bei dem hochgeweihten Orte,

Wo den Herrn man niederließ:

Bei dem Arm, der von der Pforte,

Warnend mich zurücke stieß,

Bei der vierzigjähr'gen Buße,

Der ich treu in Wüsten blieb:

Bei dem sel'gen Scheidegruße,

 

Den im Sand ich niederschrieb.

Maria Aegyptiaca

 

Par le lieu hautement consacré

Où on étendit le Seigneur ;

Par le bras, qui de la porte

 MAGNA PECCATRIX, MULIER SAMARITANA, MARIA AEGYPTIACA

 

Die du großen Sünderinnen

Deine Nähe nicht verweigerst,

Und ein büßendes Gewinnen

In die Ewigkeiten steigerst:

Gönn' auch dieser guten Seele,

Die sich einmal nur vergessen,

Die nicht ahnte, daß sie fehle

Dein Verzeihen angemessen!

Toutes les trois

 

Toi qui aux grandes pécheresses

Ne refuses pas ta présence,

Et qui élèves la récompense du repentir

Jusqu'à l'éternité,

Accorde aussi à cette âme bonne

Qui n'a succombé qu'une fois,

Qui ne savait pas qu'elle péchait,

Ton juste pardon !

 

 UNA POENITENTIUM (sonst Gretchen genannt, sich anschmiegend)

 

Neige, neige,

Du Ohnegleiche,

Du Strahlenreiche,

Dein Antlitz gnadig meinem Glück!

Der früh Geliebte,

Nicht mehr Getrübte,

Er kommt zurück.

 

Una Poenitentium (Gretchen)

 

Incline, incline,

Ô sans pareille,

Ô rayonnante,

Ton regard gracieux sur mon bonheur !

Le bien-aimé depuis longtemps,

Qui n'est plus taché

Est de retour.

 

 DIE SELIGE KNABEN (in Kreisbewegung sich nähernd)

 

Er überwächst uns schon

An mächt'gen Gliedern,

Wird treuer Pflege Lohn

Reichlich erwidern.

Wir wurden früh entfernt

Von Lebechören;

Doch dieser hat gelernt,

Er wird uns lehren.

 

Chœur des enfants bienheureux (se rapprochant en rond)

 

Il nous dépasse déjà

Sur ses membres puissants,

La récompense de notre soin fidèle

Il la donnera généreusement.

Nous avons été enlevés tôt

Aux chœurs des vivants,

Mais lui, il a appris :

Il nous enseignera.

 

  UNA POENITENTIUM

 

Vom edlen Geisterchor umgeben,

Wird sich der Neue kaum gewahr,

Er ahnet kaum das frische Leben,

So gleicht er schon der heil'gen Schar

Sieh, wie er jedem Erdenbande

Der alten Hülle sich entrafft,

Und aus ätherischem Gewande and,

Hervortritt erste Jugendkraft!

Vergönne mir, ihn zu belehren,

Noch blendet ihn der neue Tag!

 

Una Poenitentium (Gretchen)

 

Entouré par le chœur noble des esprits,

Le nouvel arrivant est à peine conscient de lui-même,

À peine est-il conscient de sa nouvelle vie,

Il ressemble déjà à l'armée sacrée.

Vois, comme chaque lien terrestre

De son ancienne enveloppe il l'enlève,

Et de ses habits d'éther

Sa force juvénile émerge !

Permets-moi de lui faire apprendre,

Il est encore aveuglé par Le jour nouveau.

 

 

 MATER GLORIOSA

 

Komm! Hebe dich zu höhern Sphären!

Wenn er dich ahnet, folgt er nach.

 

Mater Gloriosa

 

Viens ! Lève-toi vers les hautes sphères !

S'il te sent, il te suivra.

 

 DOCTOR MARIANUS UND CHOR (auf dem Angesicht anbetend)

 

Blicket aut zum Retterblick,

Alle reuig Zarten,

Euch zu sel'gem Glück

Dankend umzuarten!

Werde jeder bess're Sinn

Dir zum Dienst erbötig;

Jungfrau, Mutter, Königin,

Göttin, bleibe gnädig!

 

Doctor Marianus et Chœur

 

Regardez en haut vers le regard du Sauveur,

Tous, tendres et repentants,

Pour, en un divin bonheur

Reconnaissants être transformés !

Que toute pensée bonne

Soit mise à ton service ;

Vierge, mère, reine,

Déesse, accorde ta grâce !

 CHORUS MYSTICUS

 

Alles Vergängliche

Ist nur ein Gleichnis;

Das Unzulängliche,

Hier wird's Ereignis;

Das Unbeschreibliche,

Hier ist's getan;

Das Ewig-Weibliche

Zieht uns hinan.

Chœur mystique

 

Tout ce qui est éphémère

N'est qu'allégorie ;

L'insuffisant

Devient ici événement ;

L'indescriptible

Est ici réalisé ;

L'éternel féminin 

nous entraîne vers les cieux.

L'hymne Veni Creator

L'hymne Veni Creator

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Jacqueline 22/10/2014 10:02

J'en ai appris des choses ! Bonnes références à consulter régulièrement... merci Pierre d'avoir fait ces recherches pour nous et de louer la contribution d'Anne.