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Grand Ensemble Vocal d'Annecy

Activité du Grand Ensemble Vocal d'Annecy

Alma Mahler : jouer pour séduire les dieux (II)

Publié le 22 Octobre 2014 par François Darot in Mahler

Avant d’entamer le récit des aventures du couple Alma-Gustav, il est temps de dire quelques mots de la situation, au moment de leur rencontre, de l’autre protagoniste du drame.

Gustav Mahler a quarante-et-un ans. Il est, depuis quatre ans, le  Herr Direktor  et  Kapellmeister  renommé du prestigieux  Kaiserlich-königliche Hofoper  (Opéra de la cour impériale et royale), aujourd’hui Opéra d'État de Vienne ( Wiener Staatsoper ), logé dans l’imposant bâtiment de style néo-renaissance inauguré en 1869 sur le Ring, et l’une des toutes premières institutions culturelles de la capitale autrichienne.

Pour accéder à ce poste envié, Mahler, juif agnostique, a du se convertir officiellement au catholicisme, mais le  Hofoper  vaut bien une messe ! Accueilli fraîchement au départ, notamment par les musiciens de l’orchestre («  Mahler est un bourreau sans merci, un despote de l’espèce la plus brutale ! (...) Plus jamais une heure de tranquillité ! Ce sera une domination par la terreur… Ah ! pauvres de nous !  »), son talent de chef y est maintenant unanimement reconnu. Il n’en va pas de même pour son génie de compositeur. Ses œuvres, dont la nouveauté en rupture avec la tradition académique dérangent, mettront du temps à conquérir le public et leur création fera régulièrement l’objet de tirs de barrages nourris de la part des critiques. La création de la Huitième sera en fait son premier vrai grand succès, et son apothéose finale…

Côté vie privée, Mahler vit avec sa sœur Justine (« Justi »), qui depuis de nombreuses années tient son ménage et assure avec dévouement à son frère le « support » et la tranquillité domestiques qui lui sont nécessaires afin de pouvoir se consacrer entièrement à sa carrière de chef d’orchestre et à sa vocation de compositeur. Ce qui n’empêche pas qu’on prête régulièrement à Mahler (pas toujours à tort…) des liaisons plus ou moins orageuses avec des cantatrices du  Hofoper … Bref il est temps pour le  Direktor  de se « ranger » pour de bon en contractant un mariage (quasi obligatoire à l’époque) à même de lui assurer à la fois sécurité affective et tranquillité domestique pérennes, ainsi qu’un ancrage plus respectable au sein la bonne société viennoise. Cela devient d’autant plus nécessaire que Justi elle aussi aspire à fonder son propre ménage, ce qu’elle fera dès le lendemain du mariage de Gustav avec Alma, en épousant le premier violon du  Hofoper  et du  Philharmonique , Arnold Rosé (dont le frère Eduard a de son côté épousé l’autre sœur de Mahler, Emma) et avec qui elle entretient une liaison « secrète » depuis plusieurs années.

[Pour évoquer quand même ici un instant à cette occasion l’immense tragédie dans laquelle sombrera cette époque brillante… La fille d’Arnold et Justine Rosé (nièce de Mahler donc), prénommée elle aussi Alma et violoniste de talent, fondatrice de l’orchestre féminin  Die Wiener Walzermädeln,  terminera tragiquement sa carrière comme chef de l’orchestre des déportées du camp d’Auschwitz-Birkenau où elle mourra en 1944 (elle n’y aura donc pas été sauvée par Oskar Schindler sur sa fameuse liste…). Et la propre demi-sœur cadette d’Alma Schindler-Mahler, Gretl, dépressive et qui devra être internée après plusieurs tentatives de suicide, sera elle aussi assassinée par les nazis en 1942 dans le cadre de leur programme secret « Aktion T4 » d’élimination des handicapés physiques ou mentaux… - fin de la parenthèse, revenons en 1901…]

Quant à Alma Schindler, elle est, comme nous l’avons vu, à vingt-deux ans une toute jeune femme, vive, intelligente, cultivée, musicienne accomplie et pour ne rien gâcher « la plus belle femme » de Vienne, de l’avis unanime de ses contemporains. D’une lignée artistique reconnue, elle brille avec succès (voire parfois avec un brin de provocation) dans tous les salons viennois : « partout où elle apparaît dans le monde masculin, elle est maîtresse, souveraine » (Klimt). Les prétendants se bousculent et les demandes en mariage pleuvent de toutes parts (« comme dans un roman à quatre sous » note-t-elle dans son journal). Demandes qu’elle repousse régulièrement (« Je ne pense absolument pas me marier. Le mariage, c’est le tombeau de l’amour ») car elle a d’autres ambitions : «  Apprendre et toujours apprendre – pour toujours s’élever. Toujours plus haut ! Etre quelqu’un ! ». Bref, au soir de ce 7 novembre 1901, Alma Schindler fait figure de « candidate idéale » pour séduire le « dieu » Mahler… sur un de ces inévitables quiproquos dont le destin n’est jamais avare.

La rencontre

La rencontre « fatidique » a lieu à l’occasion et sous le prétexte d’un dîner chez Berta Zuckerkandl, dont le salon est un point de passage obligé de la vie culturelle et mondaine viennoise. Mahler y est convié pour la première fois, sur la recommandation de la sœur de Berta, Sophie Szeps, (épouse de l’ingénieur français Paul Clemenceau, un des frères du « Tigre »), jeune femme dont Mahler avait fait la connaissance à Paris l’année précédente (à cette époque, la « bonne société » est encore très « internationaliste »…). Alma, elle, est bien sûr une habituée…

Pourtant, la rencontre a bien failli ne jamais avoir lieu : Alma avait décliné une première invitation : « Je m’efforce depuis six mois de ne pas le [Mahler] connaître », et Mahler s’était décommandé au dernier moment lors d’une seconde tentative de l’hôtesse… Mais Berta a de la suite dans les idées, et certainement une petite derrière la tête : avec un art consommé de l’entremise, en faisant miroiter à Gustav la présence de son amie Sophie Clémenceau, et à Alma celle de ses « bons amis » Klimt et Burckhard [voir épisode précédent], elle parvient à ses fins au troisième essai, et Mahler se retrouve finalement à sa table, à côté de Sophie, et en face du trio infernal dont le centre est Alma, bien encadrée par ses deux ex-soupirants.

Le trio mène entre soi une conversation animée et bruyante, avec force éclats de rire, et « l’effet Alma » ne tarde pas à se manifester sur le directeur du  Hofoper , immédiatement fasciné par la vivacité et le ton «  rude et nerveux  » de la (ravissante) jeune fille. Au bout d’un moment, n’y tenant plus et oubliant toute bienséance à l’égard de ses hôtes et des autres convives, il demande à Alma : «  Me permettez-vous de rire avec vous ?  ». Permission accordée, et le quatuor nouvellement formé reprend de plus belle sa conversation autour de son sujet de prédilection : la décadence de la vie artistique à Vienne. Après le dîner, la conversation se poursuit en petits groupes au salon, où Mahler s’est arrangé pour rester au plus près de la belle.  Mais peu après, toutes les conversations sont interrompues par des éclats de voix : c’est Mahler et Alma qui s’apostrophent, l’une rouge de colère et les yeux étincelants, l’autre tapant du pied comme il lui arrive au pupitre, quand les musiciens tardent à se plier à sa direction. Le prétexte de l’empoignade : ce bon Zemlinsky, troisième futur ex-soupirant d’Alma, dont Mahler a refusé d’examiner un ballet. Première rencontre, premier choc… il y en aura d’autres ! Mais pour l’heure, Mahler, qui a sûrement pour une fois tout autre chose en tête que la musique, jette l’éponge : «  Faisons la paix !... je vous promets de convoquer dès demain Zemlinsky  ». Et il finira effectivement par monter  « Le Triomphe du Temps  »… 1-0 pour Alma.  A la fin de la soirée, les deux gladiateurs se séparent bons amis, non sans que Mahler ait réussi à extorquer à Alma la vague promesse qu’elle vienne lui montrer quelques-unes de ses œuvres à l’Opéra : «  Oui, oui, si j’ai bien travaillé…  »

Après cette entrée en scène retentissante, les choses ne vont pas traîner. Mahler, après avoir proposé en vain à Alma de la raccompagner, a fait un bout de chemin avec Burckhard et lui a avoué : «  Cette jeune fille est intéressante et intelligente. Au début, elle m’a été antipathique et je l’ai prise pour une poupée. Cela est naturel, car on ne prend pas habituellement au sérieux les filles aussi jeunes et aussi jolies ! » Déclaration aussi féministe que possible que Burckhard s’empressera de rapporter à Alma. De son côté Burckhard refuse de répondre aux questions concernant Alma dont le presse Mahler, en lui rétorquant avec une superbe toute « nietzschéenne » : «  Ceux qui connaissent Fräulein Schindler savent qui elle est, les autres ne doivent pas le savoir Mais Mahler n'en a cure. Il sait, lui, déjà ce qu'il veut : épouser Fräulein Schindler. Et le plus tôt sera le mieux. Aussi va-t-il rondement mener son affaire... Dès le lendemain, il invite Alma à prendre le thé dans son bureau à l’Opéra et lui avoue n’avoir pas fermé l’œil de la nuit. Le matin suivant, Alma est tirée du lit par un porteur qui lui remet un poème anonyme mais transparent :  « (…) Le Contrepoint et l’étude des Formes Se sont remis à me peser sur le cœur (…) En une nuit c’est arrivé Je l’ai passée sans dormir (…)  ». Mahler ne néglige pas de courtiser la mère d’Alma, obtient en retour une invitation à dîner, fait une première promenade dans la neige avec Alma au cours de laquelle il lui annonce la couleur : «  Il n’est pas facile d’épouser un homme comme moi !  », monte avec elle dans sa chambre au retour, l’embrasse pour la première fois et enchaine sans plus attendre : «  Alors, à quand notre mariage ?  ». Comme on voit, en matière de préliminaires Mahler ne barguigne ni ne procrastine : il tente le passage en force pour vaincre les réticences et les doutes d’Alma.

Car des réticences et des doutes, comme à son habitude Alma n’en manque pas... Elle est encore très proche de Zemlinsky, et entre les deux hommes et les deux musiciens son cœur balance, et pas seulement son coeur… Citons quelques passages de son journal intime pour prendre la mesure de son déchirement : «  Après-midi avec Mahler. Il m’a dit qu’il m’aime – nous nous sommes embrassés. Il m’a joué sa musique – mes sens se taisent… Ses cajoleries sont tendres et agréables. Si je savais seulement ! Lui ou bien – lui. (…) Je suis devant un dilemme terrible. Je n’arrête pas de me répéter tout bas « mon amour », en ajoutant toujours « Alex » [Zemlinsky] après. Suis-je capable d’aimer mon Mahler autant qu’il le mérite, et autant que j’en ai le pouvoir ? Est-ce que je vais jamais comprendre son art, et lui le mien !? Compréhension mutuelle, avec Alex.  Il aime chaque note que je produis. Mahler, lui, m’a dit seulement : « C’est à prendre au sérieux, en effet… » (…) Mais est-ce que je l’aime [Mahler], en fait ? Je n’en ai aucune idée. Parfois je crois carrément que non. Il y a tant de choses qui m’agacent : son odeur, sa façon de chanter, et quelques détails dans sa prononciation ! Et le désir ? C’est fou ce que j’ai pu être en mal d’Alex – dans les premiers temps… Peut-être ne suis-je plus capable d’aimer si fort une troisième fois.  Il m’est étranger (…) Aujourd’hui, j’arrive encore à surmonter – même difficilement, mais dans quatre mois, ce ne sera peut-être plus possible. Et j’ignore ce que j’ai en moi, ce qui se passe en moi – si je l’aime, si je ne l’aime pas – si c’est le directeur, le merveilleux chef d’orchestre, que j’aime – ou bien l’homme… Si, en faisant abstraction de l’un, il reste quelque chose pour l’autre. Sans parler de son art qui est à mille lieues de moi – à cent mille lieues. En un mot : comme compositeur, je ne crois pas en lui. Et on voudrait que je lie mon existence à cet homme… En fait, il m’était plus proche de loin qu’il ne l’est de près. J’en ai froid dans le dos. Et si aujourd’hui je dis non – le rêve de tant d’années part en poussière ! (…) Que faire ? Et imaginons qu’Alex [Zemlinsky] devienne quelqu’un de grand et de puissant. (…) J’ai joué ce matin des extraits de l’acte I [du « Triomphe du Temps » de Zemlinsky]. Il parle tellement à mon cœur. Une chose me torture : Mahler va-t-il me stimuler au travail – va-t-il soutenir mon art – va-t-il l’aimer autant qu’Alex ?  »

 

Sur ce dernier point en tout cas, Alma ne va pas tarder à être fixée ! 

Alma Mahler : jouer pour séduire les dieux (II)
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corine 27/02/2019 15:16

je me nomme corine âgée de 32 ans j'habite dans le 59139 wattignies . J'étais en relation avec mon homme il y a de cela 4 ans et tout allait bien entre nous deux puis à cause d'une autre femme il s'est séparé de moi depuis plus de 5 mois . J'avais pris par tout les moyens pour essayer de le récupéré mais hélas ! je n'ai fais que gaspiller mes sous.Mais par la grâce de dieu l'une de mes amies avait eut ce genre de problème et dont elle a eut satisfaction par le biais d'un ... nommé ishaou au premier abord lorsqu'elle m'avait parlé de ce puissant je croyais que c’était encore rien que des gaspillages et pour cela j'avais des doutes et ne savais m'engager ou pas. Mais au fur des jours vu ma situation elle insiste a ce que j'aille faire au moins la connaissance de ce puissant en question et c'est comme cela que je suis heureuse aujourd'hui en vous parlant.c'est à dire mon homme en question était revenu en une durée de 7jours tout en s'excusant et jusqu'à aujourd'hui et me suggéré a ce qu'on se marie le plus tot possible.je ne me plein même pas et nous nous aimons plus d'avantage. La bonne nouvelle est que actuellement je suis même enceinte de 2 mois. Sincèrement je n'arrive pas a y Croire a mes yeux qu'il existe encore des personnes aussi terrible , sérieux et honnête dans ce monde, et il me la ramené, c'est un miracle. Je ne sais pas de quelle magie il est doté mais tout s'est fait en moins d'une semaines.(pour tous vos petit problème de rupture amoureuses ou de divorce ,maladie ,la chance , les problèmes liés a votre personnes d'une manière, les maux de ventre, problème d'enfants, problème de blocage, attirance clientèle, problème du travail ou d'une autres) Vous pouvez le contacter sur: son adresse émail : maitreishaou@hotmail.com ou appelé le directement sur whatsapp numéro téléphone 00229 97 03 76 69 son site internet: www.grand-maitre-ishaou-13.webself.net