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Grand Ensemble Vocal d'Annecy

Activité du Grand Ensemble Vocal d'Annecy

Pourquoi Bach nous complique la vie...

Publié le 30 Avril 2014 par François Darot in Bach, Assistance Technique

Est-ce que la vie est simple, au fond ?

Est-ce que la vie est simple, au fond ?

Pourquoi Bach nous complique la vie...

 

Depuis plusieurs mois que nous nous escrimons et transpirons sur son Magnificat, et depuis peu sur son motet « Jesu meine Freude », il semblerait que certains lundis le doute nous assaille : « Va-t-on y arriver ? ». Voire même que certains soirs le découragement nous guette si ce n'est la révolte qui pointe: « C'est trop difficile ! ».

 

Comme l'exprimait encore lundi dernier avec une certaine perplexité l'un de nos valeureux ténors, confronté à l'escarpement redoutable de la ligne de crête mélodique qu'ils avaient à parcourir (heureusement pour nous autres basses, le Cantor semble avoir eu moins d'admiration et donc d'exigence à l'égard de notre agilité vocale...) : 

« Pourquoi est-ce si compliqué ? »

 

Si ça peut nous rassurer, qu'on se dise bien que nous ne sommes pas pas les premiers (ni les derniers sans doute...) à nous surprendre parfois à penser que le Cantor nous pourrit quelque peu l'existence chorale (quand Vivaldi – ouf! nous la coule quand même un peu plus douce...) :

 

 

Le fameux Johann Adolph Scheibe (1708-1776)

 

« Ce grand homme serait l’admiration des nations entières s’il avait plus d’agrément, s’il ne retirait pas à ses œuvres le naturel par leur emphase et leur confusion, s’il n’assombrissait pas leur beauté par un art trop grand. Comme il juge d’après ses propres doigts, ses œuvres sont extrêmement difficiles à jouer, car il exige que les chanteurs et les instrumentistes fassent avec leurs voix et leurs instruments précisément ce qu’il peut faire sur son clavier. Cela est impossible. »

 

 

Un exemplaire postérieur de Der Critische Musicus.

 

Ainsi s'exprimait à l'encontre d'un certain « monsieur de Leipzig », dans un article du Der Critische Musicus paru à Hambourg le 14 mai 1737, un encore moins certain Johan Adolf Scheibe (1708-1776). Pour la petite histoire précisons tout de suite que le pauvre Scheibe n'avait pas eu davantage de chance avec « ses propres doigts », ayant été recalé par le même « monsieur de Leipzig » lors d'une audition pour un poste d'organiste : ceci pouvant éventuellement expliquer cela ? Toujours est-il que la polémique était lancée, qui ne devait pas s'éteindre... 

 

 

En témoigne parmi d'autres ce « compliment » d'un certain « abbé »Vogler (1749-1814), apparemment maître dans l'art du « in cauda venenum » :

 

Portrait de l'abbé Vogler
Portrait de l'abbé Vogler. Dans ses mains un "instrument" moins destiné à produire des sons qu'à mesurer les fréquences et les proportions, c'est à dire à montrer qu'on est un savant musicien, pas un "amuseur".

« Aucune nation ne possède un tel organiste et nous autres, Allemands, nous avons de bonnes raisons d'être fiers de lui. Mais tout cela ne prouve pas qu'il ait possédé 1° la théorie, 2° le chant, 3° le goût et le sens du choix. Les passages surprenants, les fuites rapides, les sauts audacieux, les ornements profanes, les introductions arbitraires de dièses et de bémols nuisent à la noble et antique simplicité du choral »

 

Georg Joseph Vogler, Choral-System, Copenhague, 1800

 

 

Bref encore et toujours la « complication » !

La parole à la défense

 

 

Rinaldo Alessandrini, malice, musique... et petites lunettes.

 

Du côté de la défense, citons comme premier témoin à décharge le claveciniste et chef d'orchestre Rinaldo Alessandrini, auteur entre autres d'une magnifique interprétation et mise en scène des Gloria de Vivaldi déjà signalée . Alessandrini répond à Scheibe et nous explique la « complication » de Bach avec une simplicité souriante absolument lumineuse et passablement réconfortante (et un petit accent italien d'un charme fou...). Au passage il éclaire les rapports de Bach avec Vivaldi dont il a déjà été question sur ce blog. Évidemment le remède qu'il nous propose à la complexité de Bach ressort d'une homéopathie exigeante : sommes-nous prêts à suivre son ordonnance ? 

 

Interview de Rinaldo Alessandrini

 

 

 

 

Second témoin à décharge que nous convoquerons ici : le grand claveciniste et musicologue britannique Davitt Moroney (admirons au passage comment ces grands artistes internationaux, au-delà de quelques anglicismes ou italianismes, s'expriment dans notre langue, pas (encore) morte !),  très éclairant et rassurant lui aussi. Notamment quand il nous assure que si l'on « entend » bien Bach « derrière nous », alors l'impossible devient parfaitement jouable... A nous de jouer ?

 

Interview de Dawitt Moroney

 

 

 

 
Commenter cet article

François 09/05/2014 22:41

Pour les curieux, suite à plusieurs demandes :
1/ l'église qui accueille ces magnifiques Gloria est la cathédrale Santa Maria Assunta de la ville de Crema (40 km à l'est de Milan) : http://it.wikipedia.org/wiki/Duomo_di_Crema
2/ filmographie de Philippe Béziat : http://manifeste2013.ircam.fr/artist/philippe-beziat/

François 02/05/2014 16:30

Oui Pierre, ça valait la peine ! ça doit faire bientôt 10 fois que je le visionne (en hi-fi et grand écran hd...), et je ne m'en lasse toujours pas !
Je me doutais un peu que tu allais flasher sur la belle Sara ! alors à titre d'homéopathie un petit bonus (seulement 1'30" au début malheureusement) où elle éclate de bonheur de chanter :
https://www.youtube.com/watch?v=35EMJ8ZRPkw

François 02/05/2014 16:52

... et pour ne plus te laisser distraire par les apparences (si séduisantes soient-elles...), la même, juste avec la musique...
https://www.youtube.com/watch?v=cjqWfqrulNI

Pierre 01/05/2014 21:36

Pas encore tout vu... ça m'a pris du temps d'installer convenablement le lien vers le film de Rinaldo Alessandrini et je m'en excuse, mais ça valait la peine ! ça fait du bien de voir un film documentaire intelligent fait par un cinéaste inventif au service d'une vraie sensibilité. Et Dieu que cette femme est belle ! Presque aussi belle que La Femme du Dimanche de Fruttero et Lucentini... Bravo et merci François.