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Grand Ensemble Vocal d'Annecy

Activité du Grand Ensemble Vocal d'Annecy

À propos de Magnificat.

Publié le 26 Novembre 2013 par Pierre LAUNAY in Magnificat., Bach, Assistance Technique

À propos de Magnificat.

Ce que ça raconte.

Le Magnificat est la prière adressée par la Vierge Marie lorsqu'elle rencontre sa cousine Élisabeth alors âgée et enceinte. Cet épisode appelé La Visitation se situe après L'Annonciation.

Extrait de l'Évangile de Luc (1, 39-45):

« En ces jours-là, Marie partit et se rendit en hâte vers le haut pays, dans une ville de Juda. Elle entra chez Zacharie et salua Élisabeth. Or, dès qu'Élisabeth eut entendu la salutation de Marie, l'enfant tressaillit dans son sein et Élisabeth fut remplie du Saint Esprit. Alors elle poussa un grand cri et dit : « Tu es bénie entre les femmes, et béni le fruit de son sein ! Et comment m'est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne à moi ? Car, vois-tu, dès l'instant où ta salutation a frappé mes oreilles, l'enfant a tressailli d'allégresse en mon sein. Oui, bienheureuse celle qui a cru en l'accomplissement de ce qui lui a été dit de la part du Seigneur ! »

L'enfant qui tressaille n'est autre que Jean-Baptiste...

À propos de Magnificat.

Concordances

Il y a un parenté certaine entre le Cantique d'Anne du Livre de Samuel et le Magnificat tel qu'il apparait dans l'évangile de Saint Luc, comme on peut voir ci-dessous. Attention, ici Anne ("Grâce" en hébreu) est la mère de Samuel alors que dans une certaine tradition chrétienne ( le protévangile de Jacques et le pseudo-Matthieu ) elle serait la mère de la Vierge Marie et donc la grand-mère de Jésus.

On peut aussi noter que le sens général du premier texte est beaucoup plus tourné vers la "supériorité" du Dieu unique par rapport... aux autres qui d'ailleurs n'existent pas (Nul n'est saint comme l'Éternel ; Il n'y a point d'autre Dieu que toi...). C'est un dieu menaçant et fort, omnipotent et omniscient, qui relève les pauvres et abaisse les puissants ainsi qu'il est dit dans le Magnificat, mais les termes du Cantique d'Anne sont plus "robustes" que ceux du Magnificat.

Le Magnificat est plus "féminin", à mon avis, que le cantique d'Anne. En fait, quand je le relis, ça ne me saute pas aux yeux, mais je me souviens d'avoir souvent entendu ce texte autrefois et "son humble servante" me touchait beaucoup...

Il est amusant de voir à quel point la version "officielle" édulcore la version latine...

Le Cantique d'Anne

du premier livre de Samuel

Anne pria, et dit : «Mon cœur se réjouit en l'Éternel, 
Ma force a été relevée par l'Éternel ;
Ma 
bouche s'est ouverte contre mes ennemis,
Car je me réjouis de ton secours.

Nul n'est saint comme l'Éternel ;
Il n'y a point d'autre Dieu que toi ;
Il n'y a point de rocher comme notre Dieu.

Ne parlez plus avec tant de hauteur ;
Que l'arrogance ne sorte plus de votre bouche ;
Car l'Éternel est un Dieu qui sait tout,
Et par lui sont pesées toutes les actions.

L'arc des puissants est brisé,
Et les faibles ont la force pour ceinture.

Ceux qui étaient rassasiés se louent pour du pain,
Et ceux qui étaient affamés se reposent ;
Même la stérile enfante sept fois,
Et celle qui avait beaucoup d'enfants est flétrie.

L'Éternel fait mourir et il fait vivre.
Il fait descendre au séjour des morts et il en fait remonter.

L'Éternel appauvrit et il enrichit,
Il abaisse et il élève.

De la poussière il retire le pauvre,
Du fumier il relève l'indigent,
Pour les faire asseoir avec les grands.
Et il leur donne en partage un trône de gloire ;
Car à l'Éternel sont les colonnes de la terre,
Et c'est sur elles qu'il a posé le monde.

Il gardera les pas de ses bien-aimés.
Mais les méchants seront anéantis dans les ténèbres ;
Car l'homme ne triomphera point par la force.

Les ennemis de l'Éternel trembleront ;
Du haut des cieux il lancera sur eux son tonnerre ;
L'Éternel jugera les extrémités de la terre.
Il donnera la puissance à son roi,
Et il relèvera la force de son oint

À propos de Magnificat.

Voici le texte du Magnificat en latin.

Magnificat anima mea Dominum,

Et exsultavit spiritus meus in Deo salutari meo.

Quia respexit humilitatem ancillae suae.

Ecce enim ex hoc beatam me dicent omnes generationes.

Quia fecit mihi magna qui potens est.

Et sanctum nomen eius.

Et misericordia eius a progenie in progenies timentibus eum.

Fecit potentiam in brachio suo.

Dispersit superbos mente cordis sui.

Deposuit potentes de sede, et exaltavit humiles.

Esurientes implevit bonis, et divites dimisit inanes.

Suscepit Israël puerum suum, recordatus misericordiae suae.

Sicut locutus est ad patres nostros, Abraham et semini eius in saecula.

À propos de Magnificat.

La version traduite

Mon âme exalte le Seigneur,

Et mon esprit a exulté en Dieu, mon Sauveur.

Car il a jeté les yeux sur l'humilité de sa servante,

Et voici que désormais on me dira bienheureuse de génération en génération.

Car il fit pour moi de grandes choses, celui qui est puissant,

Et saint est son nom.

Et son pardon s'étend d'âge en âge sur ceux qui le craignent.

Il a placé la puissance dans son bras.

Il a dispersé ceux dont le cœur était orgueilleux.

Il a renversé les puissants de leurs trônes et élevé les humbles.

Il a comblé de biens les affamés, et renvoyé les riches les mains vides.

Il a secouru Israël, son enfant, il s'est souvenu du pardon qu'il avait promis.

Ainsi avait-il parlé à nos pères, à Abraham et à sa descendance, pour les siècles.

La version "officielle"

Tableau de La Visitation de pierre Puget

Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur !

Il s'est penché sur son humble servante ;

désormais, tous les âges me diront bienheureuse.

Le Puissant fit pour moi des merveilles ;

Saint est son nom !

Son amour s'étend d'âge en âge sur ceux qui le craignent.

Déployant la force de son bras,

il disperse les superbes.

Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles.

Il comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides.

Il relève Israël, son serviteur, il se souvient de son amour,

de la promesse faite à nos pères, en faveur d'Abraham et de sa race, à jamais.

Bon, et alors, celui de Bach...

il a été écrit à Leipzig pour la fête de la Visitation de la Vierge Marie du 2 juillet 1733, repris d'une version antérieure vraisemblablement composées pour Noël 1724 (un an après l'installation de la famille Bach à Leipzig) et qui comprenait quatre choeurs "interpolés" en allemand. Il semblerait donc que l'église luthérienne admettait cette prière (que l'église catholique attribue à la Vierge) dans ses offices, notamment dans une traduction en allemand de Martin Luther : « Meine Seele erhebt den Herrn » Qu'on retrouve dans la cantate BWV 10 composée pour la fête de la Visitation du 2 juillet 1724.

Les quatre choeurs "interpolés" en langue allemande sont ceux qui figurent en annexe de la partiton Bärenreiter.

En 1724, le Magnificat est en mi bémol. En 1733 il est remonté d'un demi-ton, en ré majeur, pour mieux mettre en valeur les trois trompettes. (Bach disposait à Leipzig d'excellents instrumentistes et notamment de trompettistes - Anna Magdalena Wilcke, sa seconde épouse, est d'ailleurs elle-même fille d'un trompettiste virtuose de l'époque).

N'importe quoi !

En fait, et contrairement à ce qu'affirmait votre chef de choeur il n'y a pas longtemps, Bach n'était pas du tout au service d'une quelconque église catholique à cette époque, mais il semble qu'il y ait de grandes différences entre les Pratiques religieuses protestantes. Leipzig est une ville Luthérienne et la musique religieuse y est admise et même souhaitée, au point qu'on y chante même en latin, alors que Köhten (Coethen) où il était précédemment en poste était calviniste et la musique religieuse n'y avait pas droit de cité alors même que la musique crofane y était très vivement encouragée. Il est tout à fait possible que des genres musicaux relevant de pratiques religieuses différentes aient cohabité à Leipzig... je laisserai le soin à de plus grands érudits que moi-même de compléter et de préciser.

J'ajouterai cependant que, par ailleurs, Bach postulait en 1723 et les années suivantes, auprès de la cour catholique de Dresde pour le titre de compositeur de la cour du prince électeur de Saxe et de la cour royale de Pologne, qu'il obtiendra en 1736. Le prince électeur de Dresde, dédicataire dela messe en si était catholique.
portait possible de Bach âgé

À propos de Magnificat.
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François 12/12/2013 10:10

Merci Pierre pour ces doctes explications : au moins on sait ce qu'on chante, en attendant de savoir le chanter !
Pour ceux qui seraient intéressés à en découvrir diverses interprétations (en attendant la nôtre...), je signale une longue (3 h !) mais pas inintéressante séance d'écoute comparée audible et téléchargeable sur Qobuz :
http://www.qobuz.com/info/Podcast/Ecoute-comparee-Classica/Johann-Sebastian-Bach-Le12573